dimanche 24 février 2013

fermer l'oeil de la nuit

J'ai construit des trous d'air, de l'espace, des zones de non-droit, des frontières entre les parties qui composent mon intérieur. J'ai plusieurs chambres, toutes roses et rouges, luisantes et fraîches, maintenues à température stable et dans lesquelles il fait toujours noir. On passe d'une pièce à l'autre en glissant dans des vaisseaux rutilants aux parois transparentes et à travers lesquelles on peut apercevoir la vie, ailleurs, sorte d'extérieur mouvant. Les différentes pièces de mon corps sont séparées par des limites et des mots, les effets de la réalité emmagasinés dans des parties que je ne contrôle pas. J'ai des souvenirs amoureux dans le fond de l'oeil, des traces de violence qu'on a portées contre moi entre les omoplates, un baiser encore imprimé à l'intérieur de la cuisse, un son gravé derrière mon oreille et qui vibre sans prévenir dans mon lobe, comme une punaise. Mes ongles poussent pour toucher plus loin mais je les coupe à temps. Je connais la forme des reins et des poumons, des ailes d'ange, celle du coeur presque noir, les trompes comme des oreilles d'éléphant, le fémur, un os à ronger, le squelette du pied, une trace de patte d'oiseau sur le sable mouillé. Il s'en passe des choses. A la limite avec l'extérieur, au bord du contour formé par la chair, des trous laissent pénétrer l'air du dehors, le monde des autres, le monde tout court.

jeudi 21 février 2013

mercredi 20 février 2013

20 février

© Tom-R



Je passe inaperçue, mais je dépose des traces de ma présence. Je vis pour ne me souvenir que des moments d'absence.
© Pauline Klein, Alice Kahn, 2010

lundi 18 février 2013

le hors champ

© Tom-R

La porte de mon appartement s'ouvre sur du hors champ. Elle donne dehors, sur le reste. Je coupe là où je peux, et je ne garde que les endroits, les moments sur lesquels mon regard choisit d'y construire une forme. J'en fais des bouts de territoires sur lesquels je m'efforce de régner, et que je ramène chaque soir, en fermant bien la porte derrière moi. Parfois, les restes essaient de pénétrer quand même, alors je me relève, je fais des petits tas que je balaie et que j'envoie sur le pallier.
© Pauline Klein - Alice Kahn