A son réveil elle sort le nuage de ses yeux et fait fondre le petit matin dans la sècheresse de son palais. A chaque gorgée elle retient une nuit de corps contraints quand le coeur cogne ses abandons. A chaque gorgée elle garde en elle intact le foudroyant égaré. Elle tend la main reprend le nuage qu'elle glisse dans le noeud de son mouchoir. Demain peut-être qu'au croissant de lune une brise s'échappera de sa bouche et chantera le chant des oiseaux.
L'arbre des pas perdus - parution février 2010 - co-écrit avec Cyril Berthault-Jacquier Les racines de l'arbre : Ce livre est le fruit d’une rencontre entre un photographe amoureux des mots, et un écrivain passionné par la photographie. L’aventure a commencé par une image. Des mots pour réponse. Une nouvelle image en réplique, d’autres mots et ainsi de suite jusqu’au point final du projet. Au fil de cette correspondance, de juillet 2009 à février 2010, s’est construit une narration, dans le respect de l’univers de l’un et de l’autre; qui ne demande qu’à se poursuivre... mots : Cyril Berthault-Jacquier photographies : Tom Rousselon
J'ai roulé comme un fou, Sur des routes de boue, Traversant sans répit Des plaines de neige Des déserts de gel. Rien ne pouvait m'arrêter. J'ai entendu pourtant Le craquement de mes os, Quelle fureur dans le bruit, J'ai senti mon corps en légèreté. Je me suis réveillé, Maquillé de sang, Devant un mur de ruines. J'avais à la main un livre ouvert. Il parlait d'allégorie et de caverne. Cyril Berthault-Jacquier
J’ai vécu sans histoire ni attache pendant des années. Je ne suis pas en mesure de vous parler de mes voyages ni de mes errances. J’ai tout oublié. Si je suis devenu un homme vide, je demeure un homme léger. Je suis revenu sur le lieu de ma mémoire meurtrie. Il le fallait, ne fut-ce que pour tenter de me souvenir. L’herbe était verte. Etait-ce au printemps ? Sur mes racines mortes pousse une marguerite. J’eus l’envie de l’effeuiller. J’ai fermé les yeux, et à voix basse, me suis arrêté à un mot. Passionnément. Cyril Berthault-Jacquier - pour une image de Tom-R - Bruxelles, juillet 2009
J’ai voulu, un soir de sombre, couper mes racines. Le ciel était noir comme l’encre de la sèche. Il faisait chaud, c’était l’été. Je n’avais plus d’âge, celui de la raison m’ayant quitté depuis longtemps.
Étonnamment, je n’ai ressenti aucune douleur. Rien. Même pas un vide. Un liquide blanc sans odeur s’est répandu à la surface de ma mémoire, puis très vite, le voile emporta tout.
J’ai lu dans les lignes de ma main un avenir que je ne compris pas. Pas plus que je ne croie au passé, je ne cautionne le futur. Suis-je pour autant un instant présent ?
Il y a confusion à la surface du rêve. Une nuit d'étrange a balayé la ville laissant place à une perspective désordonnée. Mes souvenirs s'éloignent comme de la fumée blanche. Je tente de les attraper au vol. Mes mains sont molles. Une mer de coton déborde les instances. Saignement de nez, le sable s'embrunit, l'eau s'évapore. D'où sommes-nous ? De quelle maison ? L'architecte dessine un plan. La structure n'est pas viable. L'interrupteur reste bloqué. L'horizon est un pont vers le vide. Rien ne se cache derrière. Pas même l'idée d'une lumière.
There is confusion on the surface of the dream. A night of strange swept the city, leaving place to a muddled perspective. My memories go away like white smoke. I try to catch them as they fly past. My hands are flabby. A cotton sea extends beyond the entreaties. Nosebleed, the sand is getting a tan, the water is evaporating. Where are we from? From what house? The architect draws a plan. The structure is not viable. The switch remains blocked. The horizon is a bridge towards the space. Nothing hides behind. Not even the idea of a light.
Le vent de la mer a fait gris le ciel. J'ai saupoudré sur la toile des cristaux de sel et de la poudre de diamant.
Derrière mes yeux, des champs de jonquilles parfument l'espace blanc.
C'est entre temps, tout à possible. Je flotte entre deux nuages. Mon corps est liquide.Suis-je somnambule? Mon pinceau me tient en équilibre. Cyril Berthault-Jacquier - Blanc