dimanche 21 avril 2013

je vais continuer à errer

© Tom-R

Sur ma route de sable Je marche je soupire
La poussière n'a plus Que le vent pour voler
Le soleil n'a pas encore trouvé De lac à faire luire
La nuit n'aura pas le temps De me retarder
Je vais continuer à errer Je ne vais pas m'arrêter

Je fixe l'horizon Comme un but à atteindre
J'immerge mes pensées Dans le vide du ciel
Ce n'est pas de la joie Je ne peux pas la feindre
Mais je sens dans ma bouche Un petit goût de miel
Je vais continuer à errer Je ne vais pas m'arrêter

Et si je n'ai pas peur Ça n'est pas du courage
Je suis seul à courir Sur ce long chemin vide
Je vois l'azur partout Ça ressemble à une cage
Les nuages ont juste l'air D'avoir pris quelques rides
Je vais continuer à errer Je ne vais pas m'arrêter

Il n'y a pas que des chiens Qui me suivent
Et j'aurai le dernier mot Quand je serai sur l'autre rive
Je suis condamné à errer Je vais continuer à errer

© Anouk Aïata...

samedi 13 avril 2013

veille

© Tom-R

J'habite dans un appartement de deux pièces, composé d'une entrée, d'un salon, d'une chambre, d'une kitchenette et d'une salle de bains avec baignoire. Chez moi je n'ai pas de miroirs. Je me regarde dans les yeux des autres et dans toutes les vitrines du monde, mais pas chez moi.
L'appartement donne sur une cour d'école d'où j'entends, le matin les cris des enfants, à dix heures et demi, et à trois heures. La sonnerie de la première récré annonce généralement la fin de ma nuit.
La première pièce, celle dans laquelle on entre, c'est la scène. Sur du parquet, dont je me dis qu'il craque, un canapé gris clair en velours sur lequel j'ai déposé des coussins violets pour faire contraste. Au sol, un tapis que j'appelle ancien, placé de travers. En face, une table en bois blanc et trois chaises noires autour, dont l'une reste généralement vide. Le contour des fenêtres est peint en gris. La lumière éclaire mes pieds le matin, mes seins l'après-midi.
Dehors, des nuages blancs sont posés ça et là sur un ciel bleu gris. On entre dans ma chambre par une petite porte grise. Mon lit tout blanc est fait. Un placard s'ouvre sur des robes à faire crever de jalousie n'importe quelle femelle normalement constituée, et sur une collection de chaussures, juste ce qu'il faut. Je m'habille toujours pareil, pour passer inaperçue. Sauf qu'un personnage vient de m'être servi sur un plateau, devant ma porte.
Je naviguerai dans une image faite de possibles plus que de réalités. Mon appartement deviendra un laboratoire à fabriquer une fille que l'on repère même quand elle est en pyjama au bord d'une route abandonnée. Des contours neufs et mouvants délimiteront ma transparence en la masquant, et me rendront visible. Je construirai une marionnette, un pantin infaillible, que j'habillerai au fur et à mesure. Il faudra se préparer. Se préparer et répéter.
Je deviendrai cette femme fatale qui pioche un homme au vol pour n'en faire qu'une bouchée. J'aurai de nouvelles épaules, et des regards qui en disent longs. Je m'inventerai des rêves, les rêves qu'Anna fait la nuit, et que j'interpréterai pour comprendre sa vie.
Les autres, le hasard, l'extérieur, deviendront mon terrain de jeux. Comme lorsque je décide de me trouver un emploi. S'introduire dans la vie par les quelques trous qu'elle laisse sans surveillance.
© Pauline Klein - alice kahn

dimanche 7 avril 2013

pluie à part

© Tom-R

Mes vêtements sèchent sur moi, je n'ai pas eu la force de les quitter, je suis lovée dans les bras du fauteuil qui me porte. Les toits d'en face brillent sous la faible lumière de l'aube. J'aperçois mon voisin de palier qui court jusqu'à sa voiture, puis ressort en faisant des grands signes à sa femme qui lui jette un sac. Je suis spectatrice d'un monde lointain, auquel je ne parviens pas à me raccrocher.
J'ai toujours aimé la pluie, les siestes déraisonnables qu'elle suggère, les traversées téméraires d'une ville inconnue en quête d'un abri, d'un chemin de traverse ; j'aime la pluie le dimanche, la pluie dans un port.
© Michèle Lesbre - écoute la pluie

vendredi 5 avril 2013

ciel d'acier

© Tom-R

Le jour se lève malgré le ciel d'acier,
je suis épuisée,
tout me semble irréel.
© Michèle Lesbre - écoute la pluie

mercredi 3 avril 2013

écoute la pluie

Dehors les éclairs déchiraient un beau ciel de plomb. J'ai eu soudain un fou rire, immense, irrépressible, j'ai couru jusqu'aux toilettes pour tenter de me calmer, mais c'était impossible. Les larmes coulaient. La pluie intérieure.
Ce fou rire incongru n'était sans doute que l'effet de ma sidération devant la béance qu'avait ouverte l'homme du métro. Tu étais sur l'autre rive, inatteignable et pourtant si proche. Je tentais de trouver une passerelle entre lui et toi, entre nous trois, quelque chose d'infiniment ténu mais qui tisserait un lien que je pressentais confusément, quelque chose d'étrange provoqué par sa chute, dont l'image imprimée dans ma mémoire venait s'ajouter à celles qui nous rapprochent depuis longtemps, les tiennes. Son corps en suspens s'inscrivait soudain parmi elles, bousculant notre petit monde organisé que, déjà, ton départ à Nantes avait perturbé.
Lorsque je suis revenue dans la salle, d'autres clients étaient arrivés, et j'ai lu dans le regard du serveur qu'il désirait très fort que je paie et que je quitte les lieux. Ce que j'ai fait. J'avais encore un long chemin à parcourir, mais la marche, même sous ce déluge, me faisait du bien, je sentais la pluie se faufiler dans mon cou, ruisseler sur mon visage en m'aveuglant parfois, c'était un abandon total, quelque chose d'infiniment doux, une volupté de chagrin et de liberté que je m'autorisais enfin.
Peu à peu, la violence à laquelle j'avais tenté de résister pendant toute la nuit semblait s'atténuer. J'avais un désir immense de paix. Peut-être fallait-il que je cède à cet homme, à son geste, à sa protestation silencieuse dont j'ignorerais toujours la cause, mais à laquelle il m'avait associée avec son sourire. Je le laissais s'installer en moi, avec tout son mystère, je l'adoptais.
© Michèle Lesbre