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lundi 14 décembre 2015
la mémoire des lieux
Mais ne faut-il pas, de temps à autre, visiter les lieux qui se souviennent de nous ?
© Michèle Lesbre, Sur le sable, 2009
mardi 21 mai 2013
reflex edition
© Tom-R
Tu n'as pas fermé les volets ni tiré les rideaux. Tu ouvres la fenêtre, tu as sorti tes appareils. Un léger grain voile l'horizon et semble alourdir le vol des mouettes. Tu hésites. Tu hésites toujours avant de prendre une photographie, il y a toujours ce moment suspendu où tu sembles anticiper l'image, où elle s'inscrit dans ton regard avant d'exister, puis tu saisis l'appareil, tu le manipules comme pour retrouver votre complicité et tu restes ainsi quelques secondes à fixer ta proie avant de faire le geste que tu vas répéter plusieurs fois comme pour assouvir ton désir, l'épuiser. Ensuite tu es immobile, bras ballants, tenant ton appareil à distance, saisi d'un doute.
© Michèle Lesbre - écoute la pluie
© Michèle Lesbre - écoute la pluie
dimanche 5 mai 2013
le canapé rouge
Ainsi, d'une certaine façon, faisait-elle partie de ce voyage dont je craignais par moments qu'il fût insensé, sans véritable destination ou pire, avec une destination obscure, telle celle du Train Zéro de Iouri Bouïda. J'avais déjà aperçu quelques gares désertées au milieu de nulle part, où un vieil Ardabiev se lamentait peut être de tant d'isolement et du sens caché de ces allers sans retours de wagons blindés, Les secrets, c'est toujours contre les hommes.
Puis je pensais à Gyl, aux cerfs-volants qu'il devait brandir comme les banderoles autrefois et que j'imaginais ressembler à de grands oiseaux mélancoliques au-dessus du lac. Je pensais à ce temps lointain où nous faisions l'amour et où toute la vie était encore à venir, à toutes ces années depuis, impalpables, comme évaporées.
Je savais que le véritable voyage se fait au retour, quand il inonde les jours d'après au point de donner cette sensation prolongée d'égarement d'un temps à un autre, d'un espace à un autre. Les images se superposent, secrète alchimie, profondeur de champ où nos ombres semblent plus vraies que nous-mêmes. Là est la vérité du voyage. Le plus difficile, alors, est d'avoir à se lever sans nulle part où aller, mais j'ignorais qu'à mon retour cette épreuve me serait épargnée et que je me rendrais plusieurs jours de suite à un rendez-vous sur un quai de Seine.
© Michèle Lesbre
dimanche 7 avril 2013
pluie à part
© Tom-R
Mes vêtements sèchent sur moi, je n'ai pas eu la force de les quitter, je suis lovée dans les bras du fauteuil qui me porte. Les toits d'en face brillent sous la faible lumière de l'aube. J'aperçois mon voisin de palier qui court jusqu'à sa voiture, puis ressort en faisant des grands signes à sa femme qui lui jette un sac. Je suis spectatrice d'un monde lointain, auquel je ne parviens pas à me raccrocher.
J'ai toujours aimé la pluie, les siestes déraisonnables qu'elle suggère, les traversées téméraires d'une ville inconnue en quête d'un abri, d'un chemin de traverse ; j'aime la pluie le dimanche, la pluie dans un port.
© Michèle Lesbre - écoute la pluievendredi 5 avril 2013
ciel d'acier
© Tom-R
Le jour se lève malgré le ciel d'acier,
je suis épuisée,
tout me semble irréel.
© Michèle Lesbre - écoute la pluie
mercredi 3 avril 2013
écoute la pluie
Dehors les éclairs déchiraient un beau ciel de plomb. J'ai eu soudain un fou rire, immense, irrépressible, j'ai couru jusqu'aux toilettes pour tenter de me calmer, mais c'était impossible. Les larmes coulaient. La pluie intérieure.
Ce fou rire incongru n'était sans doute que l'effet de ma sidération devant la béance qu'avait ouverte l'homme du métro. Tu étais sur l'autre rive, inatteignable et pourtant si proche. Je tentais de trouver une passerelle entre lui et toi, entre nous trois, quelque chose d'infiniment ténu mais qui tisserait un lien que je pressentais confusément, quelque chose d'étrange provoqué par sa chute, dont l'image imprimée dans ma mémoire venait s'ajouter à celles qui nous rapprochent depuis longtemps, les tiennes. Son corps en suspens s'inscrivait soudain parmi elles, bousculant notre petit monde organisé que, déjà, ton départ à Nantes avait perturbé.
Lorsque je suis revenue dans la salle, d'autres clients étaient arrivés, et j'ai lu dans le regard du serveur qu'il désirait très fort que je paie et que je quitte les lieux. Ce que j'ai fait. J'avais encore un long chemin à parcourir, mais la marche, même sous ce déluge, me faisait du bien, je sentais la pluie se faufiler dans mon cou, ruisseler sur mon visage en m'aveuglant parfois, c'était un abandon total, quelque chose d'infiniment doux, une volupté de chagrin et de liberté que je m'autorisais enfin.
Peu à peu, la violence à laquelle j'avais tenté de résister pendant toute la nuit semblait s'atténuer. J'avais un désir immense de paix. Peut-être fallait-il que je cède à cet homme, à son geste, à sa protestation silencieuse dont j'ignorerais toujours la cause, mais à laquelle il m'avait associée avec son sourire. Je le laissais s'installer en moi, avec tout son mystère, je l'adoptais.
© Michèle Lesbre
Ce fou rire incongru n'était sans doute que l'effet de ma sidération devant la béance qu'avait ouverte l'homme du métro. Tu étais sur l'autre rive, inatteignable et pourtant si proche. Je tentais de trouver une passerelle entre lui et toi, entre nous trois, quelque chose d'infiniment ténu mais qui tisserait un lien que je pressentais confusément, quelque chose d'étrange provoqué par sa chute, dont l'image imprimée dans ma mémoire venait s'ajouter à celles qui nous rapprochent depuis longtemps, les tiennes. Son corps en suspens s'inscrivait soudain parmi elles, bousculant notre petit monde organisé que, déjà, ton départ à Nantes avait perturbé.
Lorsque je suis revenue dans la salle, d'autres clients étaient arrivés, et j'ai lu dans le regard du serveur qu'il désirait très fort que je paie et que je quitte les lieux. Ce que j'ai fait. J'avais encore un long chemin à parcourir, mais la marche, même sous ce déluge, me faisait du bien, je sentais la pluie se faufiler dans mon cou, ruisseler sur mon visage en m'aveuglant parfois, c'était un abandon total, quelque chose d'infiniment doux, une volupté de chagrin et de liberté que je m'autorisais enfin.
Peu à peu, la violence à laquelle j'avais tenté de résister pendant toute la nuit semblait s'atténuer. J'avais un désir immense de paix. Peut-être fallait-il que je cède à cet homme, à son geste, à sa protestation silencieuse dont j'ignorerais toujours la cause, mais à laquelle il m'avait associée avec son sourire. Je le laissais s'installer en moi, avec tout son mystère, je l'adoptais.
dimanche 31 mars 2013
le vacarme du monde

© Andreea Chiru
Les
choses arrivent, les événements, les anecdotes, les soubresauts des
jours. Parfois la vie semble n'être que cela, rien que cela. Elle se
faufile entre une multitude d'accidents heureux ou malheureux, de
rencontres et de séparations, de détails infimes dont le sens nous
échappe le plus souvent. On se demande quand tout va s'organiser enfin,
être tangible, évident. On attend, tout se disperse dans le désordre et
pendant ce temps la vie est en marche, en fuite même, car chaque jour ou
presque la mort nous chuchote, viens, ne cherche plus, repose toi, je
m'occupe de tout. Elle non plus nous ne la reconnaissons pas, nous
savons seulement qu'elle doit advenir. Son murmure se perd dans le
vacarme du monde, pour mieux nous surprendre, nous saisir au vol...
© Michèle Lesbre, la petite trotteuse, 2005
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