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samedi 1 août 2026

lettres d'amour à la photographie

 

Dans la maison, se trouvait une quantité bien plus importante que ce que j'avais imaginé d'instruments d'expérimentation, de produits chimiques, d'ustensiles divers, restés sur place. Si l'on m'avait dit que jusqu'à une date toute récente des expériences étaient encore réalisées en ce lieu, j'aurais été enclin à le croire. Dans ce laboratoire sous les toits, j'eus presque l'impression d'entendre les voix de Niépce et de son ami Daguerre. En voyant de mes yeux la réalité des lieux, j'ai de nouveau pris conscience que c'était bien ici que le dispositif de la photographie était né et cette certitude rendit mon émoi encore plus grand.

Et puis, comme je me l'étais promis il y a longtemps, j'ai pu, très naturellement, photographier la vue du jardin depuis la fameuse fenêtre. Non sans émotion, évidemment. Même si ma photographie a été prise trop simplement, en à peine 1/250 de seconde d'exposition, elle est sans aucun doute reliée à ce que nous ont légué les combats et la passion de l'inventeur Nicéphore Niépce.

La photographie a commencé avec la question que s'est posée Niépce : "N'y aurait-il pas une autre méthode que la mémoire des yeux et du coeur pour conserver fidèlement ce que voit l'être humain ?". Famille, personne aimée, amis chers, paysage et toutes sortes d'objets de ce monde : tout ce qui suscite en nous des sentiments a ouvert la voie de la photographie. Ma théorie est très simple et tient en peu de mots : "La photographie, c'est le souvenir."

Parce que dans cette maison de Saint-Loup je me suis trouvé devant la même fenêtre que Niépce, j'ai ressenti quelque part en moi comme une preuve que j'étais photographe. Cela, j'en suis certain, parce que j'ai pu me tenir moi-même dans cette lumière de début d'été qui emplissait ce lieu sacré à Saint-Loup-de-Varennes.

© Daido Moriyama

 

dimanche 26 juillet 2020

http://www.delpire-editeur.fr/memoires-d-un-chien-daido-moriyama-9782851072788 

Les souvenirs avec une femme ressemblent à un animal fabuleux, une chimère que l'on tente de poursuivre. Malgré ce qui a existé entre cette femme et moi, je ne puis rien prouver, à moins que le cours du temps ne s'inverse. Certes, ces souvenirs m'inspirent de la nostalgie, mais ce n'est que de la nostalgie. Je n'essaie quand même pas de revivre les jours perdus. Simplement, il m'arrive de penser que, dans les souvenirs doux et un peu amers que j'ai d'une femme, dans ce temps que nous avons passé ensemble, il pourrait y avoir quelques fragments de mémoire, gisant au fond de moi, qui attendent de ressurgir. Il me semble que ces fragments sont sur le point d'éveiller soudain de nouveaux souvenirs. Or, pour provoquer cette résurgence, l'intervention d'un appareil photo est plus que nécessaire.
© Daido Moriyama